
L’amphithéâtre de l’Espace Associations à
Nice était comble ce samedi 3 juin pour écouter et débattre avec
Jérôme Grévy, professeur agrégé d’Histoire, Maître de Conférences à l’
Institut d’Études Politiques (IEP) de Paris et à l’
Université de Poitiers venu débattre avec les Niçois du Mythe de
Garibaldi, à l’invitation du
Comité International pour le Bicentenaire de Joseph Garibaldi qui organisait sa troisième conférence-débat dans le cadre des préparations des cérémonies qui marqueront, en 2007, le bi-centenaire de la naissance à
Nice du
Héros des Deux-Mondes.
Dans son brillant exposé, argumenté par la projection de documents d’époque, Jérôme Grévy tenait d’abord à souligner combien il est habituel d’opposer le mythe à l’histoire. Le premier relève de l’imaginaire et est souvent empreint de merveilleux et de fantaisie. A l’opposé, l’historien est supposé dire le vrai et chercher à le reconstituer par la critique des documents hérités du passé.
La situation est particulièrement complexe en ce qui concerne Garibaldi le Niçois. De son vivant, le personnage a suscité bien des passions. Il fut célébré par ses proches et ses admirateurs comme le héros de l’unité italienne, stratège hors pair ayant remporté des victoires décisives. A l’opposé, ses adversaires voyaient en lui un soldat de pacotille, un meneur de mercenaires, sans foi ni loi, ne respectant surtout pas les églises et les clercs. D’autres admiraient un aventurier sans pareil, qui avait parcouru en tous sens le monde, de la mer Noire à l’Amérique du sud. D’autres encore donnaient en exemple un homme fidèle en amitié et en amour, père de famille exemplaire. Très vite, la confusion s’est créée sur la réalité du personnage. Son image fut maintes fois été récupérée, transformée, déformée. Au point que l’unique préoccupation des historiens fut de débrouiller l’écheveau du vrai et du faux pour reconstituer le vrai Garibaldi.

Loin de rejeter le mythe de Garibaldi, l’historien Jérôme Grévy l’a pris comme objet d’étude dans un livre publié aux Presses de Sciences Po, dont il a livré la teneur lors d’une conférence organisée le 3 juin dernier. Il considère que tout ce qui a trait à Garibaldi mérite l’attention. Les récits légendaires, les commémorations, la statuaire, l’iconographie ont ainsi été décryptés avec minutie. Leur analyse vaut non pas tant pour connaître la vie de Garibaldi mais pour comprendre comment s’est formée son image, comment et par qui elle a été transmise, quels enjeux revêtaient la revendication de l’héritage garibaldien ou son refus. L’historien a ainsi montré le rôle de la tradition jacobine en Italie dans la perpétuation de la mémoire démocratique et, en contrepoint, la survivance d’une image répulsive chez les conservateurs, tandis que l’Etat unitaire s’efforçait de forger une image plus consensuelle. Une chronologie de la mémoire garibaldienne peut ainsi être établie, au gré des anniversaires et des événements qui nécessitaient des symboles forts.
Quelque peu oublié par Nice, sa ville natale, Jóusé Garibaldi peut-il être invoqué par les Niçois soucieux de défendre leur identité face à la mondialisation et par l’Europe qui peine à se définir ? Le Comité International pour le Bicentenaire de Joseph Garibaldi, association qui œuvre pour célébrer dignement le bicentenaire de sa naissance en 2007, en est persuadé.

La prochaine conférence débat organisée par le Comité aura lieu, toujours à l’Espace Associations de Nice, le mercredi 4 juillet 2006, 199e anniversaire de la naissance du Héros. L’écrivain Raoul Mille traitera des événements de 1848-1849.